Darmanin propose une taxe d’incarcération destinée aux détenus en prison

Dans une proposition qui suscite de vives réactions, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, envisage de demander aux détenus de contribuer financièrement à leur propre incarcération. Avec un coût journalier d’environ 128 euros pour chaque prisonnier, et un total quotidien atteignant près de 10 millions d’euros pour l’ensemble des établissements pénitentiaires, cette idée soulève des questions sur le principe de justice et le traitement des personnes privées de liberté.

Une proposition controversée

La proposition de Gérald Darmanin n’est pas tout à fait nouvelle. Elle a déjà été débattue dans divers échanges parlementaires en 2015, 2018 et 2021, sans jamais voir le jour. Ce système, s’il était mis en place, pourrait impliquer une participation financière des détenus allant jusqu’à 5 euros par jour ou plus, selon leurs capacités financières. Il est à noter que cette mesure rappelle les pratiques d’avant 2003, lorsque les détenus travaillant devaient verser jusqu’à 45 euros par mois pour leur incarcération, une démarche qui avait été supprimée pour favoriser la réinsertion sociale.

Les critiques de la proposition

Cette idée a été rapidement critiquée, notamment par Dominique Simonnet, controleuse générale des lieux de privation de liberté. Selon elle, « c’est profondément révoltant de demander aux gens de payer dans l’état actuel des cellules. Enfermer trois personnes dans six mètres carrés infestés de vermines et leur demander de l’argent est incompréhensible. » Ces mots résument bien le malaise suscité par cette proposition, qui semble déconnectée des réalités vécues par les détenus.

Une réalité pénitentiaire difficile

La vie en prison est loin d’être celle que l’on imagine, et le quotidien des détenus est bien plus complexe que la simple notion de liberté perdue. En prison, les détenus ne reçoivent plus le RSA ni les allocations chômage. Ils bénéficient de l’hébergement et des repas fournis par l’administration pénitentiaire, mais tout ce qui dépasse ces éléments de base, comme la télévision ou les appels téléphoniques, est à leur charge. Pour acheter des produits de première nécessité, ils doivent se tourner vers des cantines, où les prix sont souvent plus élevés que ceux pratiqués à l’extérieur. En effet, seulement un tiers des prisonniers a un emploi et peut prétendre à un revenu, les rendant vulnérables face à cette nouvelle taxe potentielle.

Enjeux éthiques et pratiques

La question qui se pose est donc : quelles sont les implications éthiques de faire contribuer financièrement des personnes incarcérées à leur propre détention ? Si l’idée d’une taxe d’incarcération peut sembler attrayante pour certains, elle soulève des problématiques profondes sur l’humanité du traitement réservé aux détenus et sur les motivations cachées derrière cette initiative. Est-ce vraiment un moyen d’améliorer les conditions pénitentiaires ou simplement un moyen pour l’État de réduire son budget ?

Vers une redéfinition de la réinsertion

L’alternative proposée par le gouvernement est d’encourager la réinsertion sociale, mais cette nouvelle initiative pourrait avoir un effet inverse. Si les prisonniers sont déjà écartés du système d’assistance sociale, les soumettre à une taxe d’incarcération pourrait aggraver leur stigmatisation et leur marginalisation. Au lieu de leur donner des chances de réhabilitations, cette mesure pourrait renforcer le cycle de la pauvreté et de la criminalité, incitant ainsi les détenus à retourner en prison pour échapper au fardeau financier de cette taxe. La question de la réinsertion sociale doit être placée au cœur des débats sur la réforme carcérale, plutôt que celle de générer des revenus.

Le débat public et les perspectives d’avenir

Le sujet de cette taxe d’incarcération est, sans aucun doute, un bon révélateur des attitudes sociétales envers les détenus et la justice pénale. Les débats en cours, riches en émotions et en opinions, devraient encourager une réflexion sérieuse sur ce que signifie la justice dans notre société moderne et comment nous voulons traiter ceux qui manquent à cette justice. D’un autre côté, les implications financières pour l’État risquent de se heurter à des réalités humaines qui, souvent, ne se chiffrent pas en euros.

Pour en savoir plus sur les positionnements de Gérald Darmanin concernant la contribution des détenus à leur incarcération, découvrez les articles de Le Monde, RMC, 20 Minutes, Libération et Le Parisien.

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